L’agriculture et la pêche sont au cœur du défi environnemental à la Réunion. D’ici 2025, l’île comptera 300 000 habitants supplémentaires. Ce fait démographique, lié à sa situation d’isolement insulaire ainsi qu’à la grande richesse et la fragilité de son patrimoine naturel, oblige plus qu’ailleurs à ce que production et consommation s’entendent dans la durée pour répondre au défi alimentaire : comment nourrir les hommes en privilégiant le principe de proximité alimentaire ?
Telle est la problématique qui a guidé l’analyse des propositions nationales, par les intervenants locaux dans l’atelier 4 consacré principalement à l’agriculture sous le thème : « Adopter des modes de production et de consommation durables ». Il en découle l’adaptation de certains objectifs nationaux et la rédaction de 19 mesures spécifiques à la Réunion qui se répartissent selon trois priorités :
- 1ere priorité : donner des garanties sur les modes de production et les produits au consommateur
- 2e priorité : laisser de la place à l’agriculture dans le territoire
- 3e priorité : innover, conseiller et former les hommes, les producteurs comme les consommateurs
Aller vers 100 % d’agriculture durable à terme et satisfaire les attentes environnementales de la société
Le caractère insulaire et isolé de la Réunion donne un contenu particulier à cet objectif. Ainsi, sur notre île, une agriculture durable est, pour le groupe des participants à l’atelier 4, une agriculture qui, avant tout, privilégie une production locale de qualité.
l Mettre en place une démarche de certification/ notification environnementale d’ici 2008 et viser 50% des exploitations avant 2008
La Réunion a déjà un acquis non négligeable dans ce domaine (agriculture raisonné, label rouge, bio). Le groupe estime qu’il faut en priorité appliquer plus largement et développer les certifications existantes, plutôt d’en créer de nouvelles.
Mesures :
- Aller plus loin dans l’application des certifications existantes en développant des référentiels et des itinéraires techniques adaptés au climat et espèces tropicales de la Réunion. Ceci nécessite un effort en terme de recherche, de formation et d’appui technique aux agriculteurs
- S’il doit, tout de même, y avoir une notation environnementale des exploitations – nouvelle norme HVE - celle-ci doit impérativement reprendre les référentiels existants.
l Atteindre 10% de produits HVE hors bio d’ici 2013 et intégrer dès 2008 des prescriptions environnementales dans les labels administrés.
l Atteindre 6% de la SAU ou équivalent en bio d’ici 2010 et 20% en 2020.
A La Réunion, l’agriculture biologique se développe lentement. Ce secteur compte à ce jour 35 exploitants pour 0,3 % de la SAU. En effet, comparés à la métropole, les rendements de production sont faibles car il n’existe pas de solutions techniques face aux problèmes spécifiques rencontrés par les exploitants locaux. L’objectif et le calendrier proposés ne semblent pas donc réalisable à La Réunion.
Mesure :
- Développer l’agriculture en proposant des itinéraires techniques « AB » adaptés aux cultures tropicales. Ceci implique un effort de recherche, des expérimentations en milieu tropical ainsi que la formation et l’accompagnement des exploitants.
l Atteindre 20% de produits bio dans la restauration collective d’ici 2012
Cette orientation nationale n’est pas pertinente, en tout cas peu réaliste en l’état actuel de la filière bio à la Réunion, a estimé le groupe de réflexion local
l Promouvoir les circuits de proximité
Il s’agit d’un objectif prioritaire pour La Réunion
Mesures :
- Encourager les circuits de proximité en privilégiant la contractualisation avec la restauration collective et en organisant des plates-formes de commercialisation de produits pour répondre à la demande locale
- Renforcer l’éducation du consommateur.
Réduire les pollutions diffuses
Le patrimoine naturel de l’île de la Réunion est exceptionnellement riche et varié. Certains de ses milieux sont particulièrement sensibles aux pollutions diffuses : les milieux aquatiques et en particulier les lagunes et les récifs coralliens.
L’objectif de réduire les pollutions diffuses est accepté par le groupe mais les mesures proposées sont là encore spécifiques à la Réunion, compte tenu de son climat et de son éloignement.
l Interdire l’usage des substances les plus dangereuses dès que possible et réduire fortement l’usage des pesticides à moyens terme.
En matière de pesticides, la situation de la Réunion est contrastée. Tout d’abord, 60 % de la SAU – 27 000 ha - est consacré à la production de la canne à sucre. Grâce à des années de recherche et d’expérimentation, cette production ne nécessite ni pesticide ni fongicide.
A l’opposé, sur des superficies beaucoup plus réduites – environ 3 800 ha – se développent les productions fruitières et légumières. Or celles-ci, considérées comme « usages mineurs », ne disposent pour l’instant que de très peu de produits homologués pour des cultures tropicales.
Pour le groupe l’objectif prioritaire est l’homologation de produits adaptés aux usages tropicaux.
Mesures :
- Développer la recherche et l’expérimentation pour homologuer à très court terme des produits adaptés aux « usages mineurs » tropicaux
- Pour les produits les plus dangereux le groupe insiste sur la nécessité de rechercher des solutions alternatives avant de procéder aux interdictions.
l Résorber l’ensemble des cas de dépassement des normes relatives à l’eau potable et à l’eutrophisation en réduisant les pollutions par les nitrates et le phosphore en 5 à 10 ans.
Le groupe pense qu’il convient d’être vigilant car même si les seuils critiques ne sont pas atteints, les taux actuels sont déjà de nature à perturber les milieux très fragiles comme les lagons.
Par ailleurs, les intervenants locaux pensent qu’il convient d’appliquer le principe de proximité en privilégiant les fertilisants organiques qui peuvent être produits localement par rapport aux engrais minéraux qui sont importés.
Mesures :
- Limiter l’usage des intrants par la recherche, le conseil aux agriculteurs et des mesures agro-environnementales incitatives
- Aller vers une agriculture « zéro déchet » par l’utilisation dès que cela est possible et justifié de fertilisants organiques locaux.
l Supprimer les déséquilibres chroniques dans les territoires en matière de ressource en eau d’ici 2012.
Même si la ressource en eau est abondante sur l’île de la Réunion, le groupe reconnaît que des efforts doivent être fait dans le domaine de la gestion de l’eau.
Mesures :
- Améliorer le rendement du réseau de distribution en investissant sur le fonctionnement
- Informer et sensibiliser le consommateur.
l Promouvoir les espèces végétales qui manifestent une faible dépendance vis-à-vis des intrants et protection des aires d’alimentation de l’ensemble des captages.
Restaurer la biodiversité et avoir des actions territorialement cohérentes
l Constituer une trame verte nationale
Contrairement au groupe national, le groupe, de façon unanime prône une définition de la trame verte au niveau territorial et non en fonction d’un objectif global.
Le groupe partage l’objectif du niveau national de protection du foncier agricole qui constitue une question fondamentale à la Réunion où l’espace est restreint. L’accent est mis sur la transmission aux générations futures de surfaces agricoles suffisantes.
Mesures :
- Intégrer la trame verte dans le schéma d’aménagement régional
- Engager une réflexion sur la division parcellaire lors des successions
l Agir fortement sur la pêche maritime
Il existe deux réalités de la pêche à la Réunion :
- une pêche de proximité « pêche à pied » sur les récifs coralliens qui sont beaucoup plus fragiles que les milieux littoraux de métropole.
- Une pêche hauturière durable qui utilise une technique de pêche sélective : la palangre.
Mesures :
- Adapter la réglementation nationale pour mieux encadrer la pêche à pied sur les récifs coralliens
- Faire partager les principes d’une pêche durable aux pays de la zone en particulier dans le cadre des instances régionales où l’UE est représentée par la Réunion.
Réorienter fondamentalement dès 2008 la recherche et la formation des agriculteurs vers des modes d’agriculture durables.
l Recherche – conseil et transfert de connaissance
A la Réunion, encore plus qu’ailleurs, la recherche est la pierre angulaire d’une agriculture durable car beaucoup reste à faire sur les cultures tropicales. Cet effort de recherche est nécessaire également pour tous les autres pays de la sous-région qui n’en ont pas la capacité et qui contribuent, pour partie, à l’alimentation de la Réunion.
Il est aussi essentiel de favoriser le transfert de la recherche vers l’exploitant.
Mesures :
- Donner des moyens à la recherche afin que la Réunion soit exemplaire pour la sous-région
- Favoriser le transfert de la recherche vers l’exploitant en développant le conseil aux agriculteurs et en s’appuyant sur des sites/exploitations pilotes.
l Formation
Le groupe partage les objectifs et mesures concernant la formation des agriculteurs. Cependant, il considère que le consommateur doit aussi être responsabilisé. Les modes de production et de consommation durables concernent en effet tous les habitants de La Réunion.
De plus, les agriculteurs, comme les pêcheurs, ont besoin de rencontrer et d’entendre les consommateurs pour connaître leurs attentes. A cet égard, l’absence des associations de consommateurs à ce débat a été regrettée.
Mesures :
- Mobiliser tout l’appareil de formation pour éduquer le consommateur de l’école au supermarché.
- Multiplier les lieux de débat entre consommateurs et agriculteurs.