15. Cyclone Gamède : un effet dévasteur évalué à 55 millions d’euros

Le cyclone Gamède a durement frappé l’agriculture réunionnaise. Les services de la Chambre d’Agriculture n’ont d’ailleurs pas tardé pour dresser une première estimation des dégâts, chiffrés à quelque 55 millions d’euros, au total, pertes de récolte et pertes de fond confondues.

Le cyclone Gamède a durement frappé l’agriculture réunionnaise. « Un an après Diwa, les agriculteurs réunionnais ont à nouveau été cruellement touché par un cyclone. Avec des rafales de vent d’environ 150 km/h sur le littoral et 200 sur les hauteurs, des pluies très abondantes pendant 72 heures, des récoltes ont été détruites à 100% sur l’ensemble du département, des élevages ont été décimés et des centaines chemins d’exploitation détruits. C’est un véritable désastre pour les petites et moyennes exploitations ». Face à constat dramatique, Jean-Yves Minatchy, le président de la Chambre d’Agriculture, remercie le ministre de l’Outre-Mer, François Baroin, d’avoir rapidement décrété l’état de catastrophe naturelle qui permettra aux agriculteurs sinistrés d’être indemnisés.

Les services de la Chambre d’Agriculture n’ont d’ailleurs pas tardé pour dresser une première estimation des dégâts, chiffrés à quelque 55 millions d’euros, au total, pertes de récolte et pertes de fond confondues.

Ce sont les cultures maraîchères en plein champ qui ont payé le plus lourd tribut du passage de Gamède. Que ce soit à la Bretagne, à Dos d’Ane, au Tampon – les plus gros secteurs de production maraîchère – mais aussi dans bien d’autres secteurs, les parcelles de salades, de tomates, de brèdes, de piments… ont été anéanties. « C’est un cycle de production, voire deux, qui sont perdus, soit au minimum trois mois sans ressources pour ces agriculteurs », souligne Jean-Yves Minatchy. Plus d’un millier de maraîchers ont ainsi subi des pertes de récolte à 100%. Le géranium, les fleurs coupées tout comme les cultures sous serres ont également fortement souffert. Quant à la canne, elle a été sévèrement couchée par endroit. Au niveau de l’arboriculture, les dégâts constatés se chiffrent lourdement ; sur les bananeraies, en premier lieu. Pour les arbres fruitiers qui ne sont pas encore en période de production, l’ampleur des pertes ne pourra être estimée qu’au moment de la récolte. Les parcelles d’ananas ont également été mises à mal. Nombre de producteurs estiment avoir tout perdu : l’engrais, le plastique, les plants…

Des élevages décimés
Autres professionnels à avoir été durement frappés par le cyclone Gamède : « les éleveurs ont vu leurs prairies saccagées et anéanties sous 2 à 3 mètres d’eau », explique Jean-Yves Minatchy. « Nombre d’entre eux n’ont pu nourrir leurs animaux pendant plusieurs jours du fait de la destruction de leur stock d’aliments et de l’impossibilité, pour les provendiers, d’aller réapprovisionner les élevages. Avec l’affaissement inattendu du pont de la rivière Saint-Etienne, celui de la route de Grand-Ilet ou la coupure de celle de Cilaos, des élevages se sont retrouvé complètement enclavés, notamment dans le Nord, l’Est et le Sud. Impossibilité de nourrir les animaux, impossibilité de livrer aux abattoirs, impossibilité de traire les vaches laitières à cause des coupures de courant ou d’effectuer la collecte de lait… C’est toute la chaîne de production animale qui a été grandement perturbée.

Or, si les porcs peuvent rester une journée sans manger, il n’en va pas de même pour les volailles, par exemple, qui ont besoin de leur ration quotidienne. Ainsi, de nombreux animaux sont morts. 6 à 7 000 poulets n’ont pas résisté au cyclone dévastateur. La SICA Révia a recensé, de son côté, quelque 450 bovins décédés. Les lapins, animaux ne supportant pas le stress et les conditions pluvieuses, ont également très mal vécu le passage de Gamède. Guy Maillot, éleveur à Grand-Ilet, a eu le malheur de voir le toit de son bâtiment d’élevage s’envoler sous l’effet des rafales de vent. Ses lapins ont attrapé le « cap-cap » et l’exploitant a perdu en un week-end pas moins d’un millier d’animaux. Guy Maillot livrait, chaque mois, 700 à 800 lapins à la coopérative. Il n’est plus en mesure de tenir ses quotas et doit repartir de zéro. Ce qui veut dire des revenus lourdement amputés pendant plusieurs mois.

5 000 euros, 15 000 euros, voire 20 000 de pertes sèches pour certains agriculteurs. Le bilan est lourd, très lourd. Et pourtant, sans tarder, il faut dégager et réparer les chemins d’accès aux exploitations, remettre les cultures en place… Et tout cela souvent sans main d’œuvre car la trésorerie des exploitations – déjà mise à mal par Diwa, il y a tout juste un an - ne le permet pas. Dans ces situations extrêmes, la solidarité entre agriculteurs doit jouer. Des milliers d’agriculteurs sont aujourd’hui dans une situation désespérée. « Maintenant, il faut aller vite et passer rapidement aux actes », soulève Jean-Yves Minatchy. « Nous allons tout mettre en œuvre pour que les fonds d’indemnisations soient débloqués dans les meilleurs délais, et en tout cas bien plus vite qu’en 2006, après le cyclone Diwa, où les producteurs avaient dû attendre près de neuf mois avant d’être indemnisés ». Un délai beaucoup trop long pour des agriculteurs sinistrés qui doivent remettre en marche leur outil de travail, sans attendre, pour continuer à vivre.

Jackson Moutanin (planteur à Saint-André) :
« La canne a souffert dans les Hauts »
Installé à 800 m d’altitude sur le secteur de Dioré, Jackson Moutanin a enregistré de gros dégâts sur ses parcelles de cannes : « Le vent a soufflé fort sur les Hauts et mes cannes ont été littéralement couchées, cassées. Ce cyclone est une catastrophe, bien plus que Dina et Diwa. J’estime mes pertes à 40 – 50%. Mais, le bilan ne pourra être véritablement fait qu’en fin d’année. A ce moment là, il faudra évaluer les pertes au cas par cas et non pas globalement, car les champs de cannes dans les Hauts ont beaucoup plus souffert. Avant le cyclone, mon champ était bien propre. Maintenant, il y a tout à refaire. Et nous devons bénéficier sans tarder de bons pour acheter de l’engrais nécessaire pour relancer la végétation, voire du désherbant pour se débarrasser des mauvaises herbes qui risquent de repousser ».

Axel Bègue (éleveur à la Plaine-des-Cafres) :
« Des animaux morts, disparus et malades »
A la tête d’un cheptel de 280 bêtes, Axel Bègue a constaté amèrement le décès de plusieurs de ses animaux : « J’ai perdu une vache et une dizaine de broutards selon les premières estimations faites et 4 bêtes ont disparu. Mes animaux sont restés 4 jours sans manger. Je dois les ré alimenter progressivement pour éviter les diarrhées. Mon stock de foin a été totalement mouillé et il est inutilisable. Les prairies ont été inondées. Elles sont foutues, ce n’est plus que de la boue et il faut de l’engrais pour faire repartir la végétation. De plus, beaucoup de mes animaux ont les pattes gonflées et nécessitent des soins. Alors, l’engrais, plus les aliments à ré acheter plus les produits vétérinaires – vitamines et Thénaline – qui ne sont pas donnés, cela donne des frais importants à engager immédiatement. Nous avons besoin d’aides financières le plus rapidement possible pour relancer nos exploitations ».