Un premier bilan inquiétant

Après plusieurs jours de contestation sociale majeure, nos agriculteurs sont une nouvelle fois en grande détresse après avoir subi un premier semestre particulièrement difficile. Désormais, ce sont toutes les filières de production agricole qui sont touchées collatéralement par l’asphyxie des moyens de communication et de transport sur le territoire.

Communiqué de presse


Si des solutions partielles ont pu être mises en place avec, notamment, des livraisons au niveau de certains élevages, c’est la perspective d’une véritable catastrophe économique et agricole qui se profile, matérialisée par des pertes sans précédents sur les quelques 7000 exploitations que compte l’île. A ce stade, ce sont plusieurs millions d’euros de pertes qui ont déjà été comptabilisés par nos services et partenaires pour les filières de production végétale et animale.

En matière de diversification végétale, le constat est alarmant avec plusieurs centaines de tonnes de fruits et légumes qui pourrissent sur les exploitations faute de livraison et d’écoulement. Rien que sur le marché de gros de Saint-Pierre, on note la perte de plus de 600 tonnes de produits frais, ce qui correspond à une perte de fonds de l’ordre de 700.000 euros. A cela s’ajoute un risque sanitaire accru en raison du développement des mouches et de la bactériose qu’il faut surveiller.

Déjà fragile, la seule filière horticole accuse selon nos données près de 1,6 millions d’euros de pertes d’exploitation. Dans ce contexte, et en l’absence de fret aérien, c’est toute l’exportation qui est aussi mise à mal avec des pertes sèches inquiétantes. Pivot de cette diversification végétale, la filière canne, déjà impactée par une campagne parmi les plus difficiles de ces dernières décennies, est au point mort avec la fermeture des usines du Gol et de Bois Rouge. D’où, l’impossibilité pour les planteurs de livrer leurs cannes et d’être rémunérés. Selon nos informations, ce sont plus de 90000 tonnes de cannes, dont la richesse et la masse s’amenuisent, qui sont en attente d’être réceptionnées.

Au niveau des élevages, les petites exploitations sont aussi impactées par cette crise en raison des difficultés d’approvisionnement mais aussi, et plus globalement, des difficultés à atteindre les clients et les circuits d’écoulement. S’ajoutent à cela les centaines de milliers de litres de lait qui ont dû être jetées faute de collectes, soit un manque à gagner pour nos éleveurs, confrontés à une pénurie de matières premières et à de graves problèmes de trésorerie.

La Chambre d’Agriculture de La Réunion demande aux services de l’Etat et aux autorités compétentes de tout faire pour permettre la survie de l’agriculture réunionnaise qui a, plus que jamais, besoin de la solidarité de la population pour pouvoir se relever d’une crise dont les conséquences risquent d’être majeures.

Jean-Bernard Gonthier
Le président de la Chambre d’Agriculture de La Réunion