7. La pomtèr maronèr resurgit de terre

Sur son exploitation de Petite France, axée sur la production biologique, François Tibère a remis en culture une variété de pomme de terre "lontan".

Sur son exploitation de Petite France, axée sur la production biologique, François Tibère a remis en culture une variété de pomme de terre "lontan".

Au hasard de ses pérégrinations, François Tibère découvre, un jour, des petites pommes de terre sauvages dans la forêt du Maïdo. "Les tubercules n’étaient pas plus grosses qu’une bille. Mais le fait d’avoir ainsi survécu pendant des années, sans soin, est signe d’une belle vitalité", souligne le bio producteur des Hauts de Saint-Paul. « En faisant une petite recherche, j’ai constaté que cette patate resurgissait également, à certaines époques, dans les cirques de Mafate et de Cilaos, à la Glacière, au Tévelave, ainsi qu’à Piton Rouge ». A l’évocation de ces lieux, la conclusion s’impose : cette pomme de terre devait être cultivée, voici quelque 300 ans, par les esclaves "marrons", pour assurer leur subsistance.

François Tibère tient sa pépite. Il apprend également que cette pomme de terre était plus récemment cultivée par les anciens, en intercalaire de la canne à sucre. Il décide alors de donner une seconde vie à ce tubercule qui aurait des "liens de parenté" avec la variété « Mombassa », selon lui.

Après avoir collecté 300 grammes de petites tubercules pour en faire des semences, il entreprend un patient travail de multiplication.

En cinq années, à raison de deux plantations annuelles et de soins attentifs, sans pesticides ni engrais chimiques, le tubercule gros comme une bille retrouve sa belle forme de pomme de terre.
Sur l’exploitation du chemin Féoga II, la petite pomme de terre « pays » s’est trouvé un nouveau champ de développement. "Elle est parfaitement adaptée à l’environnement réunionnais", affirme François Tibère, qui en grattant la terre découvre, à chaque pied, 300 grammes de pommes de terre à la peau un peu rosée.

Adepte de la culture traditionnelle, l’agriculteur des Hauts de Saint Paul souhaite faire profiter sa "trouvaille" à d’autres producteurs : "Je veux la proposer à des agriculteurs qui pratiquent une agriculture saine".

La Chambre d’Agriculture soutient cette action qui permet de mettre en valeur un produit du terroir. "La remise en culture de cette pomme de terre peut constituer un plus économique, voire touristique pour les producteurs du secteur de la Petite France", estime Guy Derand.

D’ici peu, la petite pomme de terre oubliée pourrait redevenir une star sur les étals des marchés forains et dans les assiettes des fermes-auberges, des tables d’hôtes ou autres restaurateurs. Son calibre ne lui permet pas de se transformer en frites. Mais selon quelques chefs cuisiniers sollicités par François Tibère, elle présente toutes les qualités organoleptiques pour être consommée en salade ou dorée à la poêle.

Et comme la culture et les références à la tradition ne sont jamais absentes de la démarche de François Tibère, la renaissance de cette pomme de terre oubliée a été saluée par un nouveau nom de baptême : la "pomtèr maronèr".

 

Hervé Cailleaux